De nombreuses déclarations de santé sont faites, par des commerciaux ou des charlatans les yeux rivés sur leurs ventes, lors d'émissions de télé-achat ou santé plutôt légères, dans des bouquins ou magazines populaires et sur des sites internet, au sujet de la thérapie à l'oxygène. L'oxygénothérapie se présente soit sous forme d'ingestion (boisson, eau) de peroxyde d'hydrogène, par administration de lavement par peroxyde d'hydrogène et par inhalation d'ozone. Ces pratiques ne doivent évidemment pas être confondues avec l'apport d'oxygène réalisé dans un cadre médical précis, impliquant l'administration d'oxygène à des concentrations élevées (oxygène hyperbaric) ni avec l'administration médicalement suivie de peroxyde d'hydrogène et d'ozone dans des conditions cliniques très contrôlées, bien que même certains de ces traitements demeurent controversés.
Un peu d'histoire L'oxygénothérapie n'est pas une pratique moderne, ni une découverte récente sensationnelle. Elle s'inscrit dans un flux historique sans cesse revisité par des charlatans en mal de nouveautés, et qui voudraient donner l'illusion d'une scientificité toute neuve. Au début des années 1920, William Koch veut éradiquer le cancer par oxydation de "substances toxiques" qui le causeraient, tout en élargissant le champ des compétences curatives de l'oxygène à d'autres maladies, qui seraient causées par la présence de micro-organismes se développant dans des milieux pauvres en oxygène. Otto Warburg, biologiste allemand et Prix Nobel, considéré comme le père de la chimie du métabolisme par certains, faisait des recherches sur les processus d'oxydation dans les cellules vivantes, en particulier les cellules cancéreuses. Il a mis au jour le processus respiratoire des cellules et postula d'emblée que les cellules cancéreuses se développeraient dans un milieu pauvre en oxygène, qu'un apport important en oxygène devrait ralentir, voire éliminer. C'est sur ces pseudo "fondamentaux" que vont ensuite se reposer tous les charlatans adeptes de l'hyperoxygénation : besoin en oxygène des cellules pour les uns, élimination des "toxines" par suroxygénation pour les autres. Malheureusement pour le père fondateur, en quelque sorte, de la pratique et ses suiveurs, mais la respiration lente des cellules cancéreuses n'est pas une cause des cancers, mais une conséquence, par une mauvaise irrigation des cellules touchées. Ce qui invalide le credo des adeptes de l'oncothérapie par suroxygénation. Plusieurs zélotes de l'oxygène reprendront le bâton de pèlerin de l'enivrant gazeux, dont un des plus célèbres, Ed Mc Cabe, surnommé Mr. Oxygen, qui reprend les vieux poncifs de Warburg pour mieux les exploiter commercialement. Solomidès, quant à lui, avec ses "physiatrions synthétiques" sensés détruire les cellules cancéreuses par oxydation massive, fera aussi chou blanc.Comment la tromperie s'opère-t-elle ? L'innocuité et l'efficacité de la thérapie à l'oxygène, ne repose que sur des affirmations non prouvées, quand son utilisation n'est pas tout simplement dangereuse. Mais le discours des vendeurs et praticiens d'objets ou thérapies de suroxygénation est séduisant, car en ciblant leur intervention sur le fait que l'oxygène est un élément clé de la vie humaine et de la santé, ils extrapolent, créent un amalgame en soutenant une conséquence qui n'a pas lieu d'être, pour faire croire que davantage d'oxygène serait encore meilleur à la santé ou ne peut pas faire de mal. "L'oxygène est bon" est le leitmotiv de la démarche des médecines parallèles le préconisant en inhalation ou absorption, même si certains scientifiques clament que trop d'oxygène peut être nocif, comment un élément gazeux naturel de l'air peut-il être mauvais ? Il est forcément bon
L'eau suroxygénée L'eau en bouteille, à laquelle on a ajouté de l'oxygène, se vend notamment aux sportifs pour augmenter, paraît-il, leurs performances ou leur permettre de mieux récupérer. Mais elle se démocratise, en étant aussi proposée aux particuliers sous différents prétextes médicaux sans valeur et injustifiés ni vérifiés. Toute eau exposée au grand air est oxygénée dans une proportion de 8 milligrammes d'O2 par litre d'eau à température ambiante, qui peut être augmentée par une augmentation de la pression de l'eau par de l'oxygène gazeux, chaque ajout d'une atmosphère d'oxygène ajoute 40 mg par litre. Mais que se passe-t-il lorsqu'on ouvre la bouteille ? L'oxygène sous pression s'échappe, pas totalement il est vrai. Bien que quelques molécules d'oxygène supplémentaires soient avalées, ces dernières ne rejoindront pas le sang ni les muscles pour autant. L'oxygène présent dans le sang est l'oeuvre du travail des poumons, pas du système digestif qui décompose les éléments nutritifs pour ensuite les affecter à telle ou telle fonction du corps, l'oxygène avalé aura tôt fait d'être absorbé par les cellules intestinales. Respirer un litre d'air véhiculera autrement plus d'oxygène (env. 150 mg) que n'en fera cette eau pressurisée à l'oxygène, bien que tout n'ira pas rejoindre le système sanguin, au moins a-t-on l'avantage d'une source d'oxygène gratuite, nous ne sommes pas des poissons, il y a bien longtemps que l'être humain a troqué ses branchies pour des poumons mieux adaptés à la vie hors de l'eau.
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