Efficacité des placebos
L'estimation de l'effet des placebos a été pendant des décennies fortement colorée par l'influente publication de Beecher avec ce titre suggestif : "Le puissant placebo12". Ces termes représentaient à la fois le titre, le résumé et le texte. Dans sa publication de 1955, Beecher a analysé plusieurs études qui ont utilisé des placébos, dont la plupart étaient de lui, et en a tiré quelques conclusions décisives. Ces dernières incluaient que les placébos avaient un effet reproductible sur environ un tiers des patients; que plus les symptômes d'une maladie étaient fort, plus l'effet placébo était fort; et que l'effet placébo durait habituellement pendant longtemps.
Aucune de ces trois déclarations n'a été rigoureusement soumise à analyse dans des études suivantes. Premièrement, l'effet placebo montre une remarquable variabilité entre 7% et 49% des patients traités; deuxièmement l'effet placebo n'est pas corrélé avec la sévérité des symptômes; et troisièmement la durée de l'effet placebo varie à l'intérieur d'une large échelle de quelques minutes à plusieurs années6, 13.
Dans ses études, Beecher a aussi abordé la question d'une "personnalité placebo" qui permettrait de prédire la réponse. Cependant, les preuves de cette "personnalité" sont difficiles à trouver, à tel point que l'existence même de cette personnalité placebo, et de ce fait la prédictibilité de la réponse à un placebo, ont été décrits comme étant un mythe14. La discussion sur ce sujet a cependant été enrichie par la publication de Furmark et al. qui démontrait l'existence d'une disposition génétique à la réponse placébo2.
Ils ont montré qu'un polymorphisme de deux gènes, qui jouent un rôle important dans le métabolisme de la sérotonine, déterminait l'effet d'un traitement placebo pour la phobie sociale. Dans cette étude, le polymorphisme tryptophane-hydroxylase-2 permettait une prédiction statistique significative de l'effet placebo avec une précision de 70,8%. Etant donné qu'il a été montré que la sérotonine jouait un rôle dans certaines régions du cerveau (par ex. l'amygdale) dans la pathogenèse de cette maladie et dans son traitement avec des inhibiteurs de capture de sérotonine, il semble plausible que cette substance apportée joue aussi un rôle dans la réponse placébo. A partir de là, les médias ont fait des généralisations abusives en parlant d'un "gène placébo", ce qui est trompeur et exagéré car cette sensibilité génétique est associée seulement à un ensemble de symptômes d'un seul mécanisme d'effet spécifique.
L'effet placebo varie en force pour différentes indications. Deux analyses rétrospectives d'un total de 156 études cliniques ont montré que, en comparaison d'une absence de traitement, le traitement placebo avait une influence significative et efficace sur des mesures subjectives, mais très peu sur des mesures continues objectives15, 16. Cependant, une étude sur des patients qui avaient de la tension a montré que les valeurs de la tension systolique et diastolique étaient réduites par un placebo, et que c'était le cas à la fois pour les mesures de tension sanguine prises par un médecin dans un hôpital, et pour les mesures de tension prises automatiquemente3.
Les placebos n'ont pas d'effet sur les mesures binaires subjectives ou objectives (oui/non), par exemple la rechute après un retrait de la nicotine15, 16. D'un autre côté, ils peuvent être très efficaces sur des mesures continues subjectives, comme la douleur. Le simple fait de dire à un patient qu'on lui a donné un anti-inflammatoire puissant peut avoir des effets analgésiques notables. Des rhumatologues anglais ont analysé 198 études contrôlées contre placebo de patients atteints d'arthrite, et ont montré qu'un placebo non seulement réduisait la douleur, mais améliorait aussi la fonction et réduisait la raideur des articulations17.
Les mécanismes de l'effet des placebos
Selon les théories courantes prédominantes et prouvées, les mécanismes principaux de l'effet placebo sont des réflexes conditionnés et les attentes des patients6. C'est-à-dire que des phénomènes conscients et inconscients sont à l'oeuvre.
Pour aller plus loin :
- Placebo et effet placebo en médecine. Jean Jacques AULAS
- Le mystère du placebo.Patrick Lemoine
- Placebo. Bernard Lachaux, Patrick Lemoine
- L'effet placebo : Un voyage à la frontière du corps et de l'esprit. Ivan O. Godfroid
- L’effet placebo : Le pouvoir de guérir. Danielle Fecteau
- Placebo : Le remède des remèdes. Collectif
- Idées folles, idées fausses en médecine. Skrabanek, Mc Cormic
- Understanding the Placebo Effect in Complementary Medicine: Theory, Practice and Research. David Peters
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