Le prestige et l'influence de la science en ce siècle est telle que très peu de domaines, hormis la religion ou les arts, ne peuvent se permettre de paraître ouvertement comme non scientifique. C'est pourquoi, beaucoup d'efforts sont faits, chez ceux auxquels il manque les caractéristiques essentielles d'une science, pour masquer ces défauts dans le but de rehausser leurs statuts économique, social et politique. Tandis que ces pseudosciences s'agitent à vouloir ressembler aux sciences véritables, un examen minutieux de leurs contenus, méthodes et attitudes révèlent en fait qu'il s'agit de pures parodies. Les fondements de la plupart des pseudosciences sont décelables en ce qu'ils proviennent d'anciennes croyances magiques, mais leurs dévots sous-évaluent cet état de faits en même temps qu'il essayent d'adopter les apparences extérieures de la rigueur scientifique. Une analyse des perspectives et des pratiques de ces "poseurs" scientifiques permet d'exposer une vision mystique du monde dans un jargon
résonnant scientifique. Les pseudosciences se caractérisent par leurs "découvertes" non reproductibles prétendument causées par des forces non mesurables et indécelables par les méthodes scientifiques conventionnelles. Les échecs répétés des critiques à valider leurs déclarations sont fréquemment expédiées par l'assertion auto-validante et circulaire selon laquelle des résultats ne sont obtenus que par ceux qui partagent des croyances pseudoscientifiques identiques et leurs compétences secrètes. Avant de considérer quelques exemples et critères afin de distinguer les pseudosciences de la véritable science, quelques définitions s'imposent.
LA SCIENCE :
La science est la connaissance systématisée fruit de l'observation et de l'expérimentation. Ainsi, cela ne concerne que les phénomènes pouvant être examinés empiriquement. Contrairement à l'opinion populaire, il ne s'agit pas d'un fourre-tout de faits immuables, mais plutôt d'un moyen de poser des questions et d'évaluer les différentes réponses possibles. L'objectif est de décrire la composition de l'univers physique et les principes sous-jacents qui en gouvernent les activités. Dans ce processus, les scientifiques tentent de s'accorder sur un ensemble limité de constituants se combinant produisant la complexité naturelle du monde et d'en faire ressortir un ensemble de lois, décrivant les interactions parmi tous ces composants.
Les observations scientifiques sont ensuite exécutées sous des conditions contrôlées, dans le but de minimiser l'impact des biais et des attentes personnelles des chercheurs tout autant que pour se protéger des influences aléatoires de l'environnement. L'accessibilité au public des méthodes et des découvertes, ainsi que les évaluations sceptiques des résultats, sont une des exigences primordiales dans la communauté scientifique. Des expériences uniques, menées une seule fois, ne permettent pratiquement jamais d'instaurer un débat scientifique significatif, c'est la quantité de preuves au sein des chercheurs dans un domaine donné (qui doivent être capables de reproduire les découvertes des autres) qui détermine l'acceptation de tout phénomène donné.
En respectant cet examen discipliné du monde naturel, les scientifiques tentent de partir d'observations particulières pour formuler des lois générales. En établissant ces relations légitimes, et en détenant un corps de données fiables et valables, ils les organisent en des théories testables afin d'expliquer les faits et, si possible, de prédire de nouveaux phénomènes qui ne seraient pas apparus comme évidents sans cela. En élargissant leurs théories, les scientifiques espèrent étendre leur possibilité d'exploration afin de couvrir d'autres phénomènes dans le domaine considéré.
Le
paléontologiste Stephen J. Gould définit une loi scientifique ou "naturelle" comme "
une généralisation confirmée de façon si écrasante par l'observation, qu'il serait pervers d'en différer l'assentiment provisoire", notons l'insertion par Gould du mot "
provisoire". En cela, il semblait accentuer sur le fait que tandis que les lois couramment acceptées sont les hypothèses les mieux confirmées que nous ayons pour le moment, elles sont toujours sujettes à révision si des outils ou des méthodes plus perfectionnés permettent de provoquer de nouvelles découvertes. La même révision est tout aussi applicable aux théories scientifiques. C'est cet aspect "auto-correcteur" qui distingue peut-être le plus les sciences des doctrines religieuses et des pseudosciences. Ces dernières sont plus enclines à conserver religieusement (c'est le mot !) leurs explications dans des dogmes stagnants immunisés à toute révision qui serait provoquée par de nouvelles découvertes. Les sciences actives sont constamment dans un état de changements possibles (et modifiables).